Interview de Yann, fondateur de eeVee
DM : »Bonjour Yann, pouvez-vous vous présenter en quelques mots ? »
YG : » Compliqué car j’ai plusieurs activités mais la plus historique, je suis facilitateur en intelligence collective.
Depuis plus de 10 ans, j’accompagne des organisations, des dirigeants et des équipes, confrontés à des enjeux de transformation, de coopération et de sens.
Ce qui m’anime profondément, c’est une conviction simple
« les organisations ont déjà en elles les ressources pour résoudre leurs propres problématiques ».
Notre rôle, chez eeVee, est de créer les conditions pour que cette intelligence puisse émerger.
DM : « Votre approche du consulting est donc avant tout d’utiliser « l’intelligence collective / facilitation » . Concrètement, qu’est-ce que c’est pour vous ? »
YG : « Pour moi, l’intelligence collective, c’est la capacité d’un groupe à produire des réponses plus justes, plus créatives et plus durables que celles qu’il produirait individuellement mais on est pas forcement plus intelligent à plusieurs, c’est la facilitation qui le permet.
J’insiste souvent sur un point, la facilitation, ce n’est pas juste une méthode, ni un outil à la mode, ce n’est pas faire participer tout le monde pour faire joli. C’est avant tout une posture et un cadre,
Quand les bonnes conditions sont réunies, un groupe devient un véritable système vivant : il pense, apprend et décide autrement. »
DM : « Pourquoi cette approche est-elle devenue si centrale aujourd’hui ? »
YG : « Parce que les organisations évoluent dans un environnement complexe, avec des transformations permanentes.
Dans ce contexte, aucun dirigeant, aussi brillant soit-il, ne peut porter seul la complexité.
Les modèles très verticaux montrent leurs limites :
✔ décisions déconnectées du terrain,
✔ faible engagement, résistances au changement,
✔ fatigue des équipes.
L’intelligence collective permet de mobiliser l’intelligence là où elle se trouve vraiment : sur le terrain, dans les équipes, dans la diversité des points de vue.
DM : « Comment ça fonctionne concrètement ?
YG : « Il y a plusieurs niveaux.
Le cadrage : quel est le contexte de l’équipe/ organisation ? Quelles sont les intentions ? Vous serez contents à la fin du séminaire si quoi ? Qui sont les participants ? Peut-on lister ensemble les données nécessaires pour co-organiser (organigramme, offres, process, valeurs, etc…) ? Quels sont les livrables attendus (format) ?
DM : « C’est très structuré ! et vous avez pas oublié l’agenda ? »
YG : « (rires) Non et c’est bien ici ce qu’il ne faut pas faire, commencer par l’agenda, en général l’agenda arrive en dernier dans le process, d’autant plus qu’il va changer 5-10-20 fois et parfois même le jour J, c’est arrivé plusieurs fois qu’avec Katerina et Sylvain on décide, à midi, de modifier complètement le programme de l’après-midi »
DM : « Mais cela ne perturbe pas le dirigeant ? »
YG : « et bien on arrive sur le deuxième niveau de la facilitation, le cadre sécurisé. C’est fondamental. Un groupe ne peut penser ensemble que s’il se sent en sécurité psychologique.
Chez eeVee on ne dira jamais aux participants « on est en retard sur le timing » car ils ne sont pas en retard c’est juste qu’en amont on pensait pas que cette partie prendrait moins de temps, et finalement on considère que les échanges sont très importants et on les laisse se faire, et c’est ok 😉 .
Cela implique des règles claires mais ajustables et une attention aux relations.
DM : « Et ensuite ? »
YG : « Ensuite, il s’agit de changer de posture, on ne cherche pas tout de suite des solutions. On commence par comprendre profondément la situation, les tensions, les non-dits.
C’est parfois là que quelque chose de nouveau peut émerger.
DM : « On imagine parfois l’intelligence collective comme quelque chose de très libre, voire un peu flou… »
YG : « C’est une idée reçue. L’intelligence collective n’est pas du chaos créatif, même si il faut aussi un peu de chaos aussi.
Au contraire, elle repose sur des dispositifs très structurés.
Nous utilisons des méthodes précises : codéveloppement, world café, forum ouvert, design thinking, méthode MERAC, Lego® Serious Play®, etc. et surtout on a créé nos propres energizers / team bulding (Katerina en parle très bien d’ailleurs)
Chaque séquence a une intention claire : embarquer, explorer, converger, décider, passer à l’action.
Le rôle du facilitateur est essentiel :
Il ne donne pas les réponses, il orchestre les conditions pour que le groupe les fasse émerger. Ici on peut avoir deux postures soit être facilitateur actif ou passif
DM : « Vous avez des exemples à nous donner ?
YG : « (rire) oui j’adore les anecdotes, j’aime bien être en posture facilitateur active pour faire sortir le concret, car sinon on se retrouve avec des post-it avec juste « réduire les process » ; et là on rentre dans le dur « quel process, en quoi le process est trop long ? A quelle fréquence ? Quand ? Pourquoi c’est gênant pour vous ? …
Pour un grand groupe nous avons animé + 60 ateliers en « résolutions de problèmes », lors des premiers ateliers plutot que de trouver des solutions, notre approche avait été de clarifier le problème et dans plusieurs cas on s’est rendu compte qu’il n’y avait pas de problème, en revanche on en a découvert d’autres qui n’étaient pas connus.
DM : « Vous avez une « secret sauce » à nous partager ? »
YG : « La constitution des groupes : respecter une équilibre, femme/homme, être vigilant sur la hiérarchie, et un peu comme pour un plan de table d’un mariage, il faut faire attention aux personnalités autour de la table.
Je pense que notre « secret sauce », Sylvain en parle mieux que moi, c’est sûrement notre posture de coach »
Parfois il vaut mieux être en posture passive, juste donner les consignes, laisser les participants réfléchir individuellement puis collectivement à 4-5 personnes. Il est important ici de ne pas intervenir pour garder la systémie du groupe, ils ont besoin de se parler entre eux. »
Après je suis toujours étonné que des facilitateurs utilisent les gommettes comme système de vote pour les idées, car elles ont les biais de confirmation (je vote là où les gens votent pour être dans le système ou je vote pour le chef car il a toujours raison (rire) …), chez eeVee on préconise les votes anonymes.
DM : « Quel est le résultat attendu à la fin d’un dispositif d’intelligence collective ? »
YG : « Des décisions claires, des engagements explicites, des actions concrètes. Un bon dispositif permet à la fois :
de produire des solutions pertinentes, et de renforcer la responsabilité et l’appropriation par les équipes.
DM : Quelles sont tes 3 missions emblématiques ?
YG : » La première, « libérer du temps commercial pour un grand groupe » : 2000 interviews, + 15 000 remontées terrains, on a travaillé sur 118 besoins avec 196 participants opérationnels, 75 experts métiers et 58 experts technologiques. Une belle roadmap projet en livrable.
La deuxième c’est l’animation d’un comex pendant deux jours. Avec Katerina, on a inventé une séquence qui permet de challenger chaque membre et de sécuriser le plan stratégique de manière collaborative.
La troisième c’est l’impact de l’IA sur les métiers, on a fait en tout 7 journées, plus de 250 personnes cumulées pour identifier les pertes de compétences, les montées en compétences, les nouvelles compétences.
DM : « Impressionnant ! Qu’est-ce que l’intelligence collective n’est pas selon vous ? »
YG : « Ce n’est pas : un brainstorming improvisé, une réunion participative sans cadre, une recherche du consensus à tout prix, des idées poussées par la hiérarchie. »
DM : « Quels bénéfices observez-vous le plus souvent chez vos clients ?
YG : « Très concrètement : de meilleures décisions, plus d’engagement, une coopération transversale renforcée, moins de résistances au changement, plus de sens et de responsabilité.
Et souvent, des phrases reviennent :
“On n’avait jamais pris le temps de penser ensemble comme ça.”
« on a fait en 3 jours ce que l’on a pas réussi à faire en 3 ans »
DM : « Quelle est la spécificité d’eeVee et une dernière anecdote ? »
YG : « Chez eeVee, nous partons d’un principe simple :
il n’existe pas de méthode universelle, chaque organisation, chaque équipe, chaque contexte est différent.
Notre travail consiste à concevoir des dispositifs sur-mesure, adaptés à la maturité du groupe et aux enjeux réels.
Nous accordons autant d’importance à la posture qu’aux outils.
Parce que l’intelligence collective ne se décrète pas.
Elle se cultive, dans la durée.
Pour la dernière anecdote, une fois j’ai été « obligé » de faire un tour de mentalisme pour redonner confiance aux participants et certains se demandent encore si c’est pas un deuxième métier (rires).
DM : » En début d’interview tu évoquais d’autres activités ? »
YG : « Je co-dirige avec Katerina, Openmind, deux grands espaces à la location pour faire des séminaires, conférences de presse, etc. Et le weekend j’y organise des marches empathiques et des bains sonores, entre autres 😉
DM : » Et vous dormez la nuit ? En tout cas, hâte de venir tester la marche empathique ou le bain sonore, à bientôt «
YG : « Avec plaisir ! »
